Le but : écrire un texte, impérativement à la troisième personne du singulier sur le thème «Le pays où l’on n'arrive jamais. »
*
Le voilà entraîné en pleine mer ; où il faudrait les aptitudes d'un poisson, il apporte les instincts d'un oiseau ; il aime à vivre dans l'espace, dans les régions idéales où l'on ne va plus, au pays des rêves, d'où l'on ne revient guère.
Thomas se penche, appuyé contre la rambarde du navire, tentant vainement d'apercevoir le quai qui s'éloigne ou la mer à travers la vapeur épaisse. Il soupire. Il n'a jamais aimé les transports en bateau, leur préférant de loin les voyages en tube pneumatique. Ou mieux encore, ne pas voyager, rester dans son petit cottage, avec pour compagnie sa douce Elinor.
Il n'aime pas la foule et les mondanités. Le pire étant pour lui la Saison, cette orgie de bals et de faux-semblants. Il préfère de loin le charme calme des paysages lunaires. Heureusement, la Lune est délaissée de la foule et de la bonne société depuis longtemps déjà. Cette situation lui convient très bien.
Il repense aux événements qui l'ont entraîné dans cette aventure, à revenir sur Terre. Le phototélégramme le conviant, lui, Thomas Brandon, ingénieur respecté et distingué par la Reine elle-même, à se joindre à cette expédition, a capturé son attention.
Comment était-ce possible, en cette époque où les explorateurs s'aventuraient hors du Système, d'avoir encore à découvrir quelque chose sur Terre? Il n'en avait pas plus fallu pour qu'il apprête sa spatiocalèche à vapeur pour rencontrer le commanditaire, Sir Eliott, de ce voyage.
Thomas se force à réfléchir, pour oublier le roulis des vagues qui le rend malade. D'où Sir Eliott tient ces cartes mécanographiques, il ne le sait pas. Mais si elles sont exactes, les conséquences en seraient très importantes pour la facilitation du transport spatiaire. Il a hâte d'explorer cette petite île se situant au centre du triangle des Bermudes, endroit accessible – hélas – uniquement par bateau, les terres étant trop instables que pour y poser une Station Pneumatique.
Les semaines passent, lentement, trop au goût de Thomas. Ils devraient déjà avoir atteint leur destination. Les rumeurs qui circulent parmi l'équipage sont des plus étranges. Le passé de certains passagers serait obscur, en ce compris celui de Sir Eliott. Les murmures laissent entendre que ses cartes ont été acquises dans d'une manière bien peu catholique.
De plus... ses connaissances nautiques ne sont peut-être pas très développées, mais ils devraient déjà avoir atteint les Bermudes à ce jour. Le voyage s'est fait sans encombre, ils n'ont eu à essuyer aucune tempête.
Un jour où il déambule sans but près de la salle des machines, il croise Sir Eliott, qui ne le remarque pas. C'est alors qu'il assiste à une scène étrange : Sir Eliott sort un morceau de charbon de sa poche et le croque. À la forme de celles-ci, il vient de faire des réserves. La lumière se fait dans l'esprit de Thomas. Un automate.
Le lieu où ils se dirigent, il y repense, fut témoin d'une catastrophe il y a de ça vingt ans. Un tripode d'invasion s'y était abîmé, au soulagement des terriens, qui avaient été saufs de l'extermination prévue.
Le bruit avait couru que les envahisseurs avaient pu survivre, après tout, s'ils n'étaient pas humains, peut-être ne se noyaient-ils pas.
Sir Eliott, enfin, avait trouvé le génie qui l'aiderait à remettre ses amis en état de marche.
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26 avril 2010
3 janvier 2010
Les boutons
Texte faisant partie de ma participation au Casse-tête du forum Place des Mots.
Texte libre... ou presque : rédiger un texte commençant par la phrase:" Et ce bouton, il sert à quoi ?"
J'ai un peu pété les plombs, pour changer...
*
- Et ce bouton, il sert à quoi ?
- Ah, celui-là, ça s'appelle un bouton de manchette. Les hommes portaient ça aux poignets de leurs chemises. C'était des vêtements pour le haut du corps, attends, je dois avoir un croquis quelque part...
Quel plaisir pour Alikéa de garder sa petite nièce pour l'après-midi. Cette dernière était curieuse de tout, et la collection de boutons de sa tante l'avait de suite captivée. Il faut dire qu'elle était impressionnante. Elle avait rangé son grenier en une sorte d'exposition de boutons. Et elle en avait de toutes les sortes, de toutes les époques... le travail de plusieurs dizaines d'années.
Les heures filaient imperceptiblement, la petite demandant des explications sur chaque nouveau bouton, comment il était porté.
Elle avait été fascinée par les boutons en nacre, de la même utilité que les normaux d'à côté, mais tellement plus jolis !
Les boutons d'acné l'avaient répugnée par contre. Quelle horreur ! Comment les "ados" de la préhistoire osaient-ils porter ça sur leur visage ? C'était tellement inesthétique !
Les boutons des machines de la même époque étaient étranges aussi. Un pour chaque fonction, incapables de fonctionner par télépathie. Comme c'était étrange !
Et ceux qui étaient placardés aux murs, assez moches par ailleurs, pour faire venir la lumière aussi...
Après avoir passé aussi les boutons des plantes, sans oublier les magnifiques "Boutons d'or" dont elle ne comprenait toujours pas le nom, la fillette fut attirée par une boîte étrange un peu à l'écart des autres. En soulevant le couvercle, elle vit un énorme bouton qui occupait toute la caisse.
- Et celui-là tati?
- Ah, celui-là, c'est une pièce unique. J'ai mis du temps à le trouver, tu peux me croire. C'est ce que les dirigeants appelaient le "bouton rouge". Un truc qui faisait peur à tout le monde. Apparemment, en appuyant dessus, ils pouvaient détruire l'humanité d'un coup, juste comme ça.
- Mais c'est pas possible ça !
- Je sais ma chérie, mais que veux-tu, ils y croyaient eux. Et ça leur faisait très peur.
- Et tu penses que ça ferait quoi si j'appuyais sur le bouton ?
- Rien sans doute. La vague menace que ça devait représenter n'existe plus, c'est beaucoup trop vieux. Vas-y si tu veux...
Et c'est comme ça que la race humaine disparut...
Texte libre... ou presque : rédiger un texte commençant par la phrase:" Et ce bouton, il sert à quoi ?"
J'ai un peu pété les plombs, pour changer...
*
- Et ce bouton, il sert à quoi ?
- Ah, celui-là, ça s'appelle un bouton de manchette. Les hommes portaient ça aux poignets de leurs chemises. C'était des vêtements pour le haut du corps, attends, je dois avoir un croquis quelque part...
Quel plaisir pour Alikéa de garder sa petite nièce pour l'après-midi. Cette dernière était curieuse de tout, et la collection de boutons de sa tante l'avait de suite captivée. Il faut dire qu'elle était impressionnante. Elle avait rangé son grenier en une sorte d'exposition de boutons. Et elle en avait de toutes les sortes, de toutes les époques... le travail de plusieurs dizaines d'années.
Les heures filaient imperceptiblement, la petite demandant des explications sur chaque nouveau bouton, comment il était porté.
Elle avait été fascinée par les boutons en nacre, de la même utilité que les normaux d'à côté, mais tellement plus jolis !
Les boutons d'acné l'avaient répugnée par contre. Quelle horreur ! Comment les "ados" de la préhistoire osaient-ils porter ça sur leur visage ? C'était tellement inesthétique !
Les boutons des machines de la même époque étaient étranges aussi. Un pour chaque fonction, incapables de fonctionner par télépathie. Comme c'était étrange !
Et ceux qui étaient placardés aux murs, assez moches par ailleurs, pour faire venir la lumière aussi...
Après avoir passé aussi les boutons des plantes, sans oublier les magnifiques "Boutons d'or" dont elle ne comprenait toujours pas le nom, la fillette fut attirée par une boîte étrange un peu à l'écart des autres. En soulevant le couvercle, elle vit un énorme bouton qui occupait toute la caisse.
- Et celui-là tati?
- Ah, celui-là, c'est une pièce unique. J'ai mis du temps à le trouver, tu peux me croire. C'est ce que les dirigeants appelaient le "bouton rouge". Un truc qui faisait peur à tout le monde. Apparemment, en appuyant dessus, ils pouvaient détruire l'humanité d'un coup, juste comme ça.
- Mais c'est pas possible ça !
- Je sais ma chérie, mais que veux-tu, ils y croyaient eux. Et ça leur faisait très peur.
- Et tu penses que ça ferait quoi si j'appuyais sur le bouton ?
- Rien sans doute. La vague menace que ça devait représenter n'existe plus, c'est beaucoup trop vieux. Vas-y si tu veux...
Et c'est comme ça que la race humaine disparut...
14 septembre 2009
NPC*
JPH n°69 :
Ecrire une page de journal intime d'une personne vivant à une époque différente de la nôtre, soit dans le passé, soit dans le futur, où le narrateur (ou la narratrice) raconte une expérience nouvelle pour lui (ou pour elle).
Contrainte supplémentaire : votre texte ne devra présenter aucun caractère "coquin".
*
#4856
Ça y est, je me suis décidé aujourd'hui. Je suis allé au Centre NPC. Le coût est là, mais ça en vaut la peine, j'en suis sûr. Tout le monde en a un, et depuis le temps que j'en rêvais... Je le recevrai dans une semaine !
#4857
Mon Clone de Compagnie est arrivé à la maison. C'est bizarre, je ne me voyais pas si grand.
C'est un soulagement de savoir que je n'aurai plus dorénavant à m'occuper du ménage et de la cuisine. Plus besoin de séduire une fille toutes les deux à trois semaines sous un prétexte idiot, juste pour qu'elle passe quelques jours à la maison et le fasse à ma place. Le bonheur !
Et surtout, je vais pouvoir revoir Analya. La vraie, la seule qui compte. La seule que je n'arrive pas à avoir. J'irai dans sa boutique demain après le boulot. J'ai le temps maintenant.
#4858
J'ai réussi à avoir une discussion normale avec Analya. On a bu un verre ensemble. Il semblerait que ça lui ait plu.
Fait étrange : le Clone est sorti dans la rue aujourd'hui. Pour relever le courrier. Je pensais qu'ils étaient programmés pour ne pas sortir de chez eux.
#4859
J'ai obtenu un rendez-vous avec Analya ! Je vais réserver dans le plus beau restaurant de la ville !
#4860
Mauvaise idée de lui avoir parlé du clone, elle semble tout à fait contre cette pratique. Je lui ai dit qu'il fallait vivre avec son temps. Je pense qu'elle est partie fâchée.
#4861
Le Clone m'a demandé comment c'était le travail et s'il pouvait un jour essayer. J'ai refusé.
#4862
Il y a un problème avec le Clone, c'est certain !
Je pense que je vais m'en débarrasser, ça plaira à Analya en plus. Je retournerai la voir, avec des fleurs. Des tulirdées. Ce sont ses préférées.
#4863
J'ai voulu téléphoner au Centre, mais ma ligne ne fonctionne plus. J'irai les voir demain.
#1
Enfin seul. C'est mieux que de se croiser à longueur de pièces dans la maison. Je me débrouille mieux sans lui de toute façon. C'est un soulagement.
#2
Des officiers sont venus me trouver, sur décret du Centre. Un défaut de fabrication de certains Clones de compagnie. Ils sont vite repartis, il n'y a plus de clone ici.
J'ai rendez-vous demain avec Analya. Elle s'est excusée pour son comportement la semaine dernière. Je n'ai pas compris.
#3
La soirée s'est passée à merveille. Elle m'a remercié de me soucier de la déontologie et de m'être défait de l'Autre.
Elle m'a juste trouvé plus grand apparemment. Ça lui passera.
*NPC = nouvelle personne de compagnie
Ecrire une page de journal intime d'une personne vivant à une époque différente de la nôtre, soit dans le passé, soit dans le futur, où le narrateur (ou la narratrice) raconte une expérience nouvelle pour lui (ou pour elle).
Contrainte supplémentaire : votre texte ne devra présenter aucun caractère "coquin".
*
#4856
Ça y est, je me suis décidé aujourd'hui. Je suis allé au Centre NPC. Le coût est là, mais ça en vaut la peine, j'en suis sûr. Tout le monde en a un, et depuis le temps que j'en rêvais... Je le recevrai dans une semaine !
#4857
Mon Clone de Compagnie est arrivé à la maison. C'est bizarre, je ne me voyais pas si grand.
C'est un soulagement de savoir que je n'aurai plus dorénavant à m'occuper du ménage et de la cuisine. Plus besoin de séduire une fille toutes les deux à trois semaines sous un prétexte idiot, juste pour qu'elle passe quelques jours à la maison et le fasse à ma place. Le bonheur !
Et surtout, je vais pouvoir revoir Analya. La vraie, la seule qui compte. La seule que je n'arrive pas à avoir. J'irai dans sa boutique demain après le boulot. J'ai le temps maintenant.
#4858
J'ai réussi à avoir une discussion normale avec Analya. On a bu un verre ensemble. Il semblerait que ça lui ait plu.
Fait étrange : le Clone est sorti dans la rue aujourd'hui. Pour relever le courrier. Je pensais qu'ils étaient programmés pour ne pas sortir de chez eux.
#4859
J'ai obtenu un rendez-vous avec Analya ! Je vais réserver dans le plus beau restaurant de la ville !
#4860
Mauvaise idée de lui avoir parlé du clone, elle semble tout à fait contre cette pratique. Je lui ai dit qu'il fallait vivre avec son temps. Je pense qu'elle est partie fâchée.
#4861
Le Clone m'a demandé comment c'était le travail et s'il pouvait un jour essayer. J'ai refusé.
#4862
Il y a un problème avec le Clone, c'est certain !
Je pense que je vais m'en débarrasser, ça plaira à Analya en plus. Je retournerai la voir, avec des fleurs. Des tulirdées. Ce sont ses préférées.
#4863
J'ai voulu téléphoner au Centre, mais ma ligne ne fonctionne plus. J'irai les voir demain.
#1
Enfin seul. C'est mieux que de se croiser à longueur de pièces dans la maison. Je me débrouille mieux sans lui de toute façon. C'est un soulagement.
#2
Des officiers sont venus me trouver, sur décret du Centre. Un défaut de fabrication de certains Clones de compagnie. Ils sont vite repartis, il n'y a plus de clone ici.
J'ai rendez-vous demain avec Analya. Elle s'est excusée pour son comportement la semaine dernière. Je n'ai pas compris.
#3
La soirée s'est passée à merveille. Elle m'a remercié de me soucier de la déontologie et de m'être défait de l'Autre.
Elle m'a juste trouvé plus grand apparemment. Ça lui passera.
*NPC = nouvelle personne de compagnie
18 février 2009
Diraïr
Une nouvelle SF, apparemment encore à améliorer...
*
Diraïr restait figé devant la porte, la main sur la poignée, il hésitait. Oserait-il aller plus loin ? Il regarda à nouveau le numéro inscrit au dessus du montant : 41. Aucun doute possible, il ne s’était pas trompé.
Disettes, famines… La faim est partout. Des millions de gens meurent.
Seuls quelques nantis, grands directeurs ou haut-placés, ont les moyens de se payer deux repas par jour, dont un chaud, de porter des vêtements décents. Et même alors, un tel étalage de luxe est choquant pour leurs employés, qui ressemblent plus aux squelettes vivants des camps de concentration d’il y a quelques siècles qu’à des humains. Il ne se passe pas quelques jours sans que l’un d’eux s’effondre sur son bureau, mort de faim. Et pourtant ils sont privilégiés : une fois par semaine, ils ont droit à un sandwich au boulot.
Dans la rue, la situation est bien pire : les cadavres jonchent le sol.
Et ce n’est pas tout. Les logements sont minuscules, et les familles s’y entassent, parfois dormant à 10 dans une pièce. Il n’y a plus d’espace, nulle part. Ni de nourriture bientôt. Le pétrole ? Epuisé depuis bien longtemps, le seul moyen de transport étant la marche à pied. Dans des rues bondées.
La situation devient ingérable, il faut faire quelque chose.
Finalement, il avait ouvert, et restait maintenant dans l’embrasure de la porte. Le néon du couloir derrière lui constituait la seule source de lumière, mais elle était largement suffisante. A 70 ans, il était encore dans la pleine force de l’âge, et les problèmes de vue n’arriveraient pas avant quelques dizaines d’années. Son visage était lisse, et son corps, semblable à celui d’un enfant de 12 ans.
En fin de compte, la solution fut apportée par les scientifiques. Après de nombreuses propositions, dont un comprimé d’éternité, rendant la reproduction inutile (qui fut vite rejeté, pour des raisons évidentes, les scientifiques ayant le bon sens de savoir que l’acte de reproduction ne serait pas abandonné par des adultes conscients), l’un d’eux – que l’on ne connaissait que sous le surnom de Shark – exposa le fruit de ses recherches : un médicament qui empêchait de grandir. Maintenus à leur taille d’enfant, les besoins de chaque être humain seraient réduits de moitié, au minimum. Et tout serait adapté à leur taille, les problèmes de logement seraient donc réglés également. Surtout que le temps que le produit soit en circulation, une bonne partie de la population serait morte.
La solution fut adoptée à l’unanimité. Les gains d’énergie et de place seraient considérables avec cette invention révolutionnaire.
Il ne bougeait pas, il restait là, à scruter la silhouette allongée au milieu de la pièce ténébreuse.
Des années qu’il travaillait à la Base de Reproduction. Des années sans savoir ce qui se passait derrière ces portes toutes semblables du Couloir de Gestation. Aujourd’hui, il avait enfreint la règle. Il avait ouvert une des portes… SA porte.
Une question pertinente fut soulevée : et la reproduction ? Le clonage n’était pas envisageable, ne formant que des êtres attardés, dont la société n’avait nul besoin.
La réponse vint rapidement. Quelques personnes seraient dispensées du traitement, et parviendraient à leur taille adulte. Des femmes. Gardées dès leur plus tendre enfance dans la Base. Leur utilité : la reproduction. Cloîtrées, elles ne serviraient qu’à être inséminées et accoucher.
La curiosité l’emportant, il fit quelques pas dans la pièce, s’approchant du corps. Un corps de géant comparé à lui. Une femme. Inconsciente. Elle semblait dormir. Ses cheveux auburn épars sur ce qui ressemblait à un oreiller. Elle était belle, très belle, et malgré son sommeil, on voyait toute la douceur qui émanait de sa personne. Une proéminence formait une bosse dans les couvertures au niveau de son ventre. Elle était enceinte. C’était donc à ça que ressemblait un adulte. Il s’étonna de sa taille. Dire qu’il était considéré comme grand parmi ses amis. Il les dépassait bien tous de quelques centimètres, mais la femme couchée là était bien plus grande que lui.
Malgré des heures de discussions, un point avait été omis. Un détail, un défaut dans la solution miracle.
Diraïr, comme la plupart des employés de la Base, n'était en contact qu'avec les fillettes. A partir du moment où leur puberté commençait, personne ne savait ce qu'il advenait d'elles. Personne non plus n'avait conscience de ce qu'était la puberté et des changements qui allaient de pair. Mais lui voulait savoir! Après de nombreuses recherches, il avait découvert ce qui se cachait derrière ces portes. Il savait que la 41ème était celle qui l’avait vu naître.
Shark s’en était vite rendu compte, mais n’avait rien dit, entrevoyant l’opportunité qui s’offrait à lui : il fallait quelqu’un pour administrer le traitement, pour gérer tout cela.
Il continuait à observer la femme… sa mère ? D’où lui venait ce mot, il n’en savait rien. Ce que signifiait le mot mère, il l’avait compris en même temps qu'il s’était imposé à son esprit.
Il jeta un regard alentour, tentant de maîtriser les sentiments qui se bousculaient en lui. Le lit, qui occupait le centre de la pièce, était entouré d’une quantité impressionnante d’appareils. La femme n’avait toujours pas bougé. Elle semblait plongée dans un coma artificiel, gardée en vie grâce à tout ce matériel.
Les années passaient, les gens vivaient dans l’opulence. Le taux de mortalité chuta de manière vertigineuse, les gens atteignant sans problème les 150 ans. Aucune raison de se plaindre.
Diraïr leva une main tremblante vers le corps étendu et la posa doucement sur celle de la femme. Un frisson le parcourut. Un bruit dans son dos le fit se retourner brusquement. Son cœur s’emballa. Il savait qu’il n’avait pas le droit de se trouver là. Il risquait gros s’il était découvert… l’éradication…
Mais lorsque tout le monde eut reçu le traitement, et que les problèmes de surpopulation et y afférant se furent résorbés, Shark prit le pouvoir. Un plein pouvoir. Discret, de manière à ce que personne ne songe à se rebeller, mais omniprésent.
Et les gêneurs disparaissaient, mystérieusement, éradiqués.
Devant lui, une silhouette sombre se découpant dans la clarté du couloir, un sbire de Shark. Il fit un pas en arrière, ses pires craintes se confirmaient. Il avait été repéré. Jamais il n’aurait cru que Shark réagirait aussi rapidement.
La réaction de Diraïr fut tout aussi rapide. Il avait déjà eu à faire à ces sbires. Il courut dans sa direction pour, au dernier moment, plonger et se glisser entre ses pieds. Là, le couloir. Il ne fallait surtout pas qu’il arrête de courir. S’il se faisait rattraper, il était foutu. Il courait, droit devant lui, tournant ici à droite, là à gauche. Il connaissait la Base par cœur, mais son poursuivant également.
Plus qu’une solution, sortir du bâtiment. Là, il aurait une chance de lui échapper. Infime, mais réelle. Arrivé dans la rue, il hésita un instant sur la direction à prendre. Cet instant lui fut fatal, car au même moment, un autre sbire le surprit et l’immobilisa.
Une voix résonna en lui. Le ton était glacial, métallique. Ses yeux s’écarquillèrent d’effroi lorsqu’il comprit exactement ce que signifiait l’éradication. Un châtiment des plus adaptés à son cas, voilà ce que lui répétait Shark. Et même lorsque la voix eut fini son discours, les mots ne cessaient de tourner dans sa tête, de revenir sans cesse à son esprit, chargés de toute l’horreur de la torture qui l’attendait. Il n’avait plus qu’un espoir, en finir, au plus vite, et mourir.
Il eut un instant de regret pour sa mère, mais il était impuissant.
Le corps déstructuré de Diraïr servirait à nourrir et régénérer le corps de sa mère, et également… à sa prochaine fécondation…
*
Diraïr restait figé devant la porte, la main sur la poignée, il hésitait. Oserait-il aller plus loin ? Il regarda à nouveau le numéro inscrit au dessus du montant : 41. Aucun doute possible, il ne s’était pas trompé.
Disettes, famines… La faim est partout. Des millions de gens meurent.
Seuls quelques nantis, grands directeurs ou haut-placés, ont les moyens de se payer deux repas par jour, dont un chaud, de porter des vêtements décents. Et même alors, un tel étalage de luxe est choquant pour leurs employés, qui ressemblent plus aux squelettes vivants des camps de concentration d’il y a quelques siècles qu’à des humains. Il ne se passe pas quelques jours sans que l’un d’eux s’effondre sur son bureau, mort de faim. Et pourtant ils sont privilégiés : une fois par semaine, ils ont droit à un sandwich au boulot.
Dans la rue, la situation est bien pire : les cadavres jonchent le sol.
Et ce n’est pas tout. Les logements sont minuscules, et les familles s’y entassent, parfois dormant à 10 dans une pièce. Il n’y a plus d’espace, nulle part. Ni de nourriture bientôt. Le pétrole ? Epuisé depuis bien longtemps, le seul moyen de transport étant la marche à pied. Dans des rues bondées.
La situation devient ingérable, il faut faire quelque chose.
Finalement, il avait ouvert, et restait maintenant dans l’embrasure de la porte. Le néon du couloir derrière lui constituait la seule source de lumière, mais elle était largement suffisante. A 70 ans, il était encore dans la pleine force de l’âge, et les problèmes de vue n’arriveraient pas avant quelques dizaines d’années. Son visage était lisse, et son corps, semblable à celui d’un enfant de 12 ans.
En fin de compte, la solution fut apportée par les scientifiques. Après de nombreuses propositions, dont un comprimé d’éternité, rendant la reproduction inutile (qui fut vite rejeté, pour des raisons évidentes, les scientifiques ayant le bon sens de savoir que l’acte de reproduction ne serait pas abandonné par des adultes conscients), l’un d’eux – que l’on ne connaissait que sous le surnom de Shark – exposa le fruit de ses recherches : un médicament qui empêchait de grandir. Maintenus à leur taille d’enfant, les besoins de chaque être humain seraient réduits de moitié, au minimum. Et tout serait adapté à leur taille, les problèmes de logement seraient donc réglés également. Surtout que le temps que le produit soit en circulation, une bonne partie de la population serait morte.
La solution fut adoptée à l’unanimité. Les gains d’énergie et de place seraient considérables avec cette invention révolutionnaire.
Il ne bougeait pas, il restait là, à scruter la silhouette allongée au milieu de la pièce ténébreuse.
Des années qu’il travaillait à la Base de Reproduction. Des années sans savoir ce qui se passait derrière ces portes toutes semblables du Couloir de Gestation. Aujourd’hui, il avait enfreint la règle. Il avait ouvert une des portes… SA porte.
Une question pertinente fut soulevée : et la reproduction ? Le clonage n’était pas envisageable, ne formant que des êtres attardés, dont la société n’avait nul besoin.
La réponse vint rapidement. Quelques personnes seraient dispensées du traitement, et parviendraient à leur taille adulte. Des femmes. Gardées dès leur plus tendre enfance dans la Base. Leur utilité : la reproduction. Cloîtrées, elles ne serviraient qu’à être inséminées et accoucher.
La curiosité l’emportant, il fit quelques pas dans la pièce, s’approchant du corps. Un corps de géant comparé à lui. Une femme. Inconsciente. Elle semblait dormir. Ses cheveux auburn épars sur ce qui ressemblait à un oreiller. Elle était belle, très belle, et malgré son sommeil, on voyait toute la douceur qui émanait de sa personne. Une proéminence formait une bosse dans les couvertures au niveau de son ventre. Elle était enceinte. C’était donc à ça que ressemblait un adulte. Il s’étonna de sa taille. Dire qu’il était considéré comme grand parmi ses amis. Il les dépassait bien tous de quelques centimètres, mais la femme couchée là était bien plus grande que lui.
Malgré des heures de discussions, un point avait été omis. Un détail, un défaut dans la solution miracle.
Diraïr, comme la plupart des employés de la Base, n'était en contact qu'avec les fillettes. A partir du moment où leur puberté commençait, personne ne savait ce qu'il advenait d'elles. Personne non plus n'avait conscience de ce qu'était la puberté et des changements qui allaient de pair. Mais lui voulait savoir! Après de nombreuses recherches, il avait découvert ce qui se cachait derrière ces portes. Il savait que la 41ème était celle qui l’avait vu naître.
Shark s’en était vite rendu compte, mais n’avait rien dit, entrevoyant l’opportunité qui s’offrait à lui : il fallait quelqu’un pour administrer le traitement, pour gérer tout cela.
Il continuait à observer la femme… sa mère ? D’où lui venait ce mot, il n’en savait rien. Ce que signifiait le mot mère, il l’avait compris en même temps qu'il s’était imposé à son esprit.
Il jeta un regard alentour, tentant de maîtriser les sentiments qui se bousculaient en lui. Le lit, qui occupait le centre de la pièce, était entouré d’une quantité impressionnante d’appareils. La femme n’avait toujours pas bougé. Elle semblait plongée dans un coma artificiel, gardée en vie grâce à tout ce matériel.
Les années passaient, les gens vivaient dans l’opulence. Le taux de mortalité chuta de manière vertigineuse, les gens atteignant sans problème les 150 ans. Aucune raison de se plaindre.
Diraïr leva une main tremblante vers le corps étendu et la posa doucement sur celle de la femme. Un frisson le parcourut. Un bruit dans son dos le fit se retourner brusquement. Son cœur s’emballa. Il savait qu’il n’avait pas le droit de se trouver là. Il risquait gros s’il était découvert… l’éradication…
Mais lorsque tout le monde eut reçu le traitement, et que les problèmes de surpopulation et y afférant se furent résorbés, Shark prit le pouvoir. Un plein pouvoir. Discret, de manière à ce que personne ne songe à se rebeller, mais omniprésent.
Et les gêneurs disparaissaient, mystérieusement, éradiqués.
Devant lui, une silhouette sombre se découpant dans la clarté du couloir, un sbire de Shark. Il fit un pas en arrière, ses pires craintes se confirmaient. Il avait été repéré. Jamais il n’aurait cru que Shark réagirait aussi rapidement.
La réaction de Diraïr fut tout aussi rapide. Il avait déjà eu à faire à ces sbires. Il courut dans sa direction pour, au dernier moment, plonger et se glisser entre ses pieds. Là, le couloir. Il ne fallait surtout pas qu’il arrête de courir. S’il se faisait rattraper, il était foutu. Il courait, droit devant lui, tournant ici à droite, là à gauche. Il connaissait la Base par cœur, mais son poursuivant également.
Plus qu’une solution, sortir du bâtiment. Là, il aurait une chance de lui échapper. Infime, mais réelle. Arrivé dans la rue, il hésita un instant sur la direction à prendre. Cet instant lui fut fatal, car au même moment, un autre sbire le surprit et l’immobilisa.
Une voix résonna en lui. Le ton était glacial, métallique. Ses yeux s’écarquillèrent d’effroi lorsqu’il comprit exactement ce que signifiait l’éradication. Un châtiment des plus adaptés à son cas, voilà ce que lui répétait Shark. Et même lorsque la voix eut fini son discours, les mots ne cessaient de tourner dans sa tête, de revenir sans cesse à son esprit, chargés de toute l’horreur de la torture qui l’attendait. Il n’avait plus qu’un espoir, en finir, au plus vite, et mourir.
Il eut un instant de regret pour sa mère, mais il était impuissant.
Le corps déstructuré de Diraïr servirait à nourrir et régénérer le corps de sa mère, et également… à sa prochaine fécondation…
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